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« J’ai de la difficulté à me concentrer. Est-ce un TDAH? »

30 juil.
4 min de lecture


La réponse est : peut-être… mais pas nécessairement.


L’attention est une fonction cognitive complexe. Pour maintenir sa concentration, le cerveau doit sélectionner les informations pertinentes, inhiber les distractions, maintenir l’effort mental et ajuster continuellement ses ressources en fonction de la tâche.


Plusieurs facteurs peuvent venir perturber ce fonctionnement.


Sur le plan psychologique, par exemple, l’anxiété peut détourner l’attention vers les inquiétudes, les pensées anticipatoires ou l’environnement perçu comme menaçant. Une personne peut alors avoir beaucoup de difficulté à rester présente à la tâche, même si son système attentionnel fonctionne normalement. Imaginez devoir maintenir votre attention sur une tâche cognitive, par exemple, des calculs mentaux, pendant que vous percevez un danger, par exemple un ours qui se dirige vers vous! Que le danger soit présent ou imaginé, le processus reste le même, votre cerveau privilégie la survie. Pas moyen de répondre à la question "8 X 12" si votre attention est mobilisée ailleurs.


La dépression, quant à elle, s’accompagne souvent d’un ralentissement cognitif, d’une diminution de la motivation et d’une fatigue importante. Ce n’est pas seulement une question d’humeur : le cerveau dispose tout simplement de moins de ressources pour initier, maintenir et soutenir un effort mental. Plusieurs personnes décrivent d’ailleurs l’impression que leur cerveau fonctionne « au ralenti » ou que chaque tâche demande un effort inhabituellement important. Le système attentionnel fonctionne normalement, mais il n'est pas accessible.


Après un traumatisme, certaines personnes demeurent en état d’hypervigilance. Une partie de leurs ressources attentionnelles reste constamment mobilisée à surveiller les signes de danger. Imaginez essayer de lire un livre tout en gardant un œil sur toutes les portes et fenêtres de la pièce. Plus le cerveau consacre d’énergie à détecter une menace potentielle, moins il en reste pour apprendre, mémoriser ou résoudre un problème.


Sur le plan physique, un manque de sommeil, une douleur chronique, certaines conditions médicales, des fluctuations hormonales, des effets secondaires de médicaments ou encore une consommation d’alcool ou de cannabis peuvent également diminuer les capacités attentionnelles. Dans ces situations, le cerveau doit composer avec une fatigue, un inconfort ou un déséquilibre physiologique qui réduit les ressources disponibles pour les tâches cognitives. Ce n’est pas que la personne ne veut pas se concentrer; c’est qu’elle dispose de moins de « carburant » pour le faire.


À cela s’ajoutent les stratégies que nous développons pour réguler nos états internes. Lorsque le cerveau cherche à diminuer l’ennui, l’anxiété, la fatigue ou l’inconfort, il peut être attiré vers des sources de soulagement immédiat : consulter les réseaux sociaux, vérifier son téléphone, passer rapidement d’une tâche à l’autre ou remettre une tâche à plus tard. Ces comportements procurent un soulagement à court terme, mais ils entraînent aussi le cerveau à rechercher des changements fréquents de stimulation. Avec le temps, il peut devenir plus difficile de maintenir son attention sur une tâche longue, répétitive ou peu stimulante.


La surcharge mentale (et de l'agenda) peut également donner l’impression que notre attention ne fonctionne plus. Certaines personnes jonglent quotidiennement avec une quantité impressionnante de responsabilités : travail, enfants, gestion de la maison, rendez-vous, proches à soutenir, finances, projets… Elles tentent de tout retenir, de tout anticiper et de penser à tout, tout le temps.


À un certain point, ce n’est plus une question de capacité. C’est une question de limites. Notre cerveau n’a pas été conçu pour maintenir simultanément une quantité illimitée d’informations actives. Oublier un rendez-vous, perdre le fil d’une conversation ou ne plus savoir pourquoi on est entré dans une pièce ne signifie pas nécessairement que quelque chose ne va pas. Cela peut simplement refléter que les ressources cognitives sont déjà largement sollicitées.


Paradoxalement, ce sont souvent les personnes les plus consciencieuses et les plus performantes qui interprètent ces limites normales comme la preuve qu’elles ont un problème, alors qu’elles demandent simplement à leur cerveau de faire bien plus que ce qu’il est raisonnablement capable de faire.


Et bien sûr, il y a le TDAH, où les difficultés proviennent principalement d’un fonctionnement différent des réseaux cérébraux impliqués dans les fonctions exécutives et la régulation de l’attention. Le défi n’est pas d’être incapable de porter attention, mais de réguler cette attention selon les exigences de la situation. C’est pourquoi une même personne peut être totalement absorbée par une activité qui la passionne… et éprouver énormément de difficulté à répondre à un simple courriel ou à remplir un formulaire administratif.


En apparence, toutes ces situations peuvent se ressembler.


• La personne oublie des choses.

• Elle perd le fil de ses idées.

• Elle procrastine.

• Elle se sent facilement dépassée.

• Elle a l’impression de devoir fournir un effort énorme pour accomplir des tâches pourtant simples.


Pourtant, les causes de ces difficultés peuvent être très différentes.


C’est pourquoi une bonne évaluation ne cherche pas simplement à répondre à la question : « Cette personne présente-t-elle un TDAH? »


Elle cherche surtout à comprendre pourquoi ces difficultés sont présentes.


Parce qu’une intervention pertinente commence toujours par une compréhension juste du fonctionnement de la personne.



Crédit photo : Magnific – utilisée conformément à la licence du site.

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